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Raoul NORDLING était mon ami, bien avant la tourmente.

 

Suédois d'origine, mais Français de cœur, époux d'une Française, Doyen du Corps Consulaire, on sait qu'au péril de sa vie, il arracha à la mort des milliers de prisonniers et put convaincre VON CHOLTITZ de ne pas anéantir Paris.

Dans la Rome antique, Consul triomphant, la foule l'aurait acclamé sur son char, montant au Capitole. 

Fait incroyable! après l'ivresse de la Libération, dont tant d'autres se disputèrent le mérite, après l'entre-choc des ambitions, le cortège des Champs-Elysées, le pansement des blessures, le silence se fit, total, autour du héros modeste, qui, de sa seule initiative, avait sauvé Paris de la destruction. 

Longtemps, les Français ignorèrent le rôle déterminant qu'avait joué le Consul Général de Suède. 

Ce n'est qu'en 1948, devant la carence du Gouvernement, que j'ai pu obtenir, au Lycée JANSON DE SAILLY, dont il avait été l'élève, qu'il consentit à révéler, pour la première fois, en public, son rôle exact et capital. 

J'avais demandé, pour lui faire cortège, aux élèves des Grandes Ecoles, d'entourer notre table, et j'ai pu leur dire: 

«Vous pourrez rappeler à vos enfants, qui le répèteront à leurs enfants, que vous avez pu connaître l'homme auquel Paris doit d'avoir été sauvegardé.»

Minute d'intense émotion! 

Mes camarades et moi avions, tous, les larmes aux yeux. Je me promis à moi-même de révéler devant les plus 

hautes instances du pays ce que nous venions d'entendre. 

Me tournant alors vers Raoul NORDLING, je lui fis ce serment solennel : « Nous graverons dans le marbre que vous avez bien mérité de la France. » 

Applaudissements unanimes et prolongés. 

Je n'avais pas prévu tous les obstacles qu'il me faudrait vaincre. 

Le Président du Conseil Georges BIDAULT m'apporta un très modeste appui. 

Mais le Ministre des Affaires Etrangères compétent, puisqu'il fallait honorer un Suédois, ne m'offrit qu'une subvention tellement dérisoire, que je dus la lui restituer. 

Après mille difficultés, je me heurtai aux divergences politiques, qui séparaient le Président de l'Assemblée, et le Président du Conseil Municipal, puis à l'opposition formelle des communistes, qui revendiquaient pour eux seuls le mérite d'avoir libéré Paris. 

Enfin, sous la menace d'ouvrir une souscription publique, j'obtins du Secrétaire Général du Ministère des Affaires Etrangères, (que NORDLING avait arraché aux mains de la Gestapo), que le Consul Général de Suède fut cité à l'Ordre de la Nation, car seule une loi aurait permis d'écrire qu'il avait bien mérité de la France. 

Avec l'accord de la Ville de Paris, du recteur de l'Université, l'assentiment du Proviseur, avec le concours de la Garde Républicaine et de la Radiodiffusion, je pus réunir le 15 décembre 1949, à défaut d'enceinte plus officielle, à JANSON DE SAILLY, plus de deux mille représentants de la politique: HERRIOT, MONNERVILLE, JOUHAUX, des Lettres et des Sciences, délégués par l'Institut, et plus spécialement de l'Académie, Mgr FELTIN, Archevêque de Paris, la Générale LECLERC, les Présidents des Corps constitués, des 

 

Ordres établis, du Barreau, de la Médecine, de l'Architecture, etc., soit devant les plus éminents représentants de toutes les activités nationales. 

Les élèves des Grandes Ecoles, placés en guirlande, faisaient cortège à notre ami. 

J'obéis donc aux instances de mes camarades et de ceux qui se souviennent, en ajoutant à ce livre de Poèmes, le Discours que j'adressai ce jour-là à Raoul NORDLING, pour résumer, faire connaître et magnifier son action héroïque.