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En France occupée

 

En juin 1940, la France est occupée et coupée en deux par la ligne de démarcation. Le gouvernement du maréchal Pétain s'installe à Vichy et les diplomates étrangers doivent le suivre. Par contre, les autorités allemandes acceptent que les consuls résident à Paris. Raoul Nordling séjournera donc à Paris pendant toute la guerre, à part quelques visites à Vichy et à Stockholm. Etant le seul représentant suédois à Paris, il a les coudées franches. Le passage de la ligne de démarcation par les courriers étant compliquée, Nordling passera le plus souvent, pour correspondre avec Stockholm, par Berlin où il connaissait bien le ministre de Suède Arvid Richert.
En mars 1944, Nordling rencontre l'ambassadeur allemand Otto Abetz. Les nouvelles du front russe n'étaient pas bonnes, les troupes allemandes reculaient. Nordling écrit : « Abetz convient que cela allait mal. Le moral des troupes baissait ; on ne savait pas comment cela finirait. En Allemagne même, le conflit entre les différentes classes et les différents partis faisait rage, plus que jamais : « Himmler (1) a sa police et Ribbentrop (2) la sienne ; on n'est plus en sécurité nulle part. » Et Nordling poursuit : »Cette dernière phrase était une confidence, mais c'était nettement la peur qui la dictait. Et j'eus brusquement l'impression que les Allemands, ou du moins certains Allemands dont Abetz, lorsqu'ils se trouvaient dans cet état psychologique, seraient plus sensibles à une pression étrangère. Un jour viendra, pensais-je, où leur découragement pourra être utilisé afin de libérer tous les pauvres Français qui languissent en ce moment dans les prisons de la gestapo en France ».
Depuis longtemps déjà, Nordling était obsédé par le problème des prisonniers. En juillet 1944, donc après le débarquement allié en Normandie, il rencontre un haut fonctionnaire à l'ambassade d'Allemagne et lui conseille « d'essayer de faire adopter par les autorités d'occupation une attitude plus humaine à l'égard de la population. Je lui dis ceci : « Faites-le dans votre intérêt personnel, car bientôt, ce sera votre tour de réclamer à grands cris un traitement humain ! » Nordling devait plusieurs fois reprendre cet argument au cours de la semaine de la libération de Paris.