Index de l'article

Le samedi 19 août, la préfecture de police est occupée par les gaullistes. Laval et la plupart de ses ministres sont emmenés de force en direction de l'est par les Allemands. Nordling entre en contact avec la préfecture de police et émet l'idée d'une suspension d'armes, une trêve entre résistants et soldats allemands. Instaurée au soir du 19 août, elle n'a jamais été respectée à 100%. En fait, elle a permis aux résistants de se procurer des armes et à certains Allemands à quitter la ville. Elle aura duré entre 48 heures et 72 heures.
A partir du dimanche 20 août, Nordling et ses assistants ne quittent pas le consulat, rue d'Anjou. Ils dorment sur place jusqu'à l'arrivée des chars de Leclerc. Le téléphone sonnait sans arrêt. On signalait des non respects de la trêve des deux côtés et Nordling téléphonait à von Choltitz, à la préfecture ou à ses contacts dans la Résistance, à la recherche d'hommes de bonne volonté, bien conscient des rivalités et de la course de vitesse qui se jouait entre résistants gaullistes et communistes.

Les combats reprennent

Pour limiter les pertes humaines, l'idée naît d'aller à la rencontre des alliés et de leur demander de hâter leur marche sur Paris. Victime d'une crise cardiaque le mardi 22 août, Raoul envoie son frère Rolf avec la délégation qui se rend au quartier général du général Bradley à l'ouest de Paris. Après de longues discussions, le général Bradley donne le 22 août le feu vert à Leclerc pour rouler vers Paris. Le mercredi 23 dans la soirée, les premiers éléments du capitaine Dronne atteignent Paris et les chars de Leclerc le jeudi 24. Ce jour-là, von Choltitz se rend à Leclerc et au colonel Rol Tanguy (4) à la préfecture de police. Le général de Gaulle arrive le vendredi 25 août à la gare Montparnasse où le général Leclerc a installé son poste de commandement. A 19 heures, il fait sa première apparition publique à l'Hôtel de ville. Le lendemain, samedi 26 août, c'est la célèbre descente des Champs Elysées. Paris est libre.

Et Raoul Nordling et ses assistants peuvent enfin rentrer chez eux.

Epilogue

En résumé, Raoul Nordling a fait libérer 3 245 prisonniers, épargné des vies humaines des deux côtés, grâce à la trêve, fait en sorte que von Choltitz et la plupart des officiers allemands soient correctement traités et qu'aucun pont, aucun monument ne soit détruit. En fait, on ne sait pas bien combien de ponts avaient été dynamités (ou si aucun l'avait été).
Comment a-t-il réussi ? D'abord, par sa carte de visite de consul d'un pays neutre. Puis par son formidable carnet d'adresses. Il connaissait la plupart des dirigeants allemands, français, à Paris, à Vichy, et un certain nombre du côté de la Résistance, surtout des gaullistes. Enfin par son infatigable énergie tendue vers un seul but : la libération de Paris avec le minimum d'effusion de sang et de destructions. Cette énergie a d'ailleurs failli lui être fatale, puisqu'il a été frappé par cette crise cardiaque. Mais il s'en est sorti.
Et Paris lui voue une éternelle reconnaissance.
Et tout cela sans véritables instructions de Stockholm. C'est en grande partie de sa propre initiative qu'il a agi. D'ailleurs qui aurait pu s'y opposer ? Le fait qu'il ait agi seul peut probablement expliquer l'opposition du ministère à la publication de ses mémoires en 1945.
Cinquante après, le temps a fait son œuvre. C'est aujourd'hui de l'histoire et il faut féliciter Edouard Fiévet d'avoir retrouvé le manuscrit et d'avoir fait en sorte qu'il soit publié. On ne saurait trop recommander la lecture de ces mémoires passionnants.

Guy de Faramond

*Raoul Nordling Sauver Paris Mémoires du consul de Suède (1905-1944) Editions établie par Fabrice Virgili. Editions Complexe 2002 IHTP CNRS 16,90 €.
(1) Heinrich Himmler (1900-1945), Reichsführer de la SS, puis de la gestapo.
(2) Joakim von Ribbentrop (1893-1946), ministre des affaires étrangères de Hitler.
(3) Pierre Laval (1883-1945) Premier ministre de Pétain à Vichy, un des principaux artisans de la collaboration avec l'Allemagne, condamné à mort et fusillé en 1945.
(4) Henri Tanguy, dit Rol (1906-2002), membre du parti communiste, ancien des Brigades internationales en Espagne, dirige l'insurrection parisienne de son PC de Denfert-Rochereau. Il signe l'acte de capitulation de von Choltitz avec le général Leclerc.